Reconfinement de la France face à la deuxième vague de l’épidémie

Emmanuel Macron a annoncé mercredi 28 octobre à 20h le retour du confinement sur tout le territoire national à partir de vendredi 30 octobre et jusqu’au 1er décembre, a minima.

Jean Castex a présenté aujourd’hui les modalités de ce confinement devant les parlementaires.

Principales mesures du reconfinement :

  • Crèches, écoles, collèges et lycées demeureront ouverts avec des protocoles sanitaires renforcés. Le port du masque à l’école sera étendu aux enfants du primaire, dès l’âge de 6 ans. Dans les universités, les cours en ligne seront privilégiés.
  • Possibilité de sortir uniquement pour travailler, se rendre à un rendez-vous médical, porter assistance à un proche, faire des courses « essentielles » ou prendre l’air à proximité de son domicile. Les sorties devront se faire avec une attestation.
  • Les commerces « non-essentiels », les bars et restaurants, les entreprises de l’événementiel, du cinéma et du spectacle vivant seront fermés.
  • Le travail pourra continuer mais le télétravail sera à nouveau généralisé, cinq jours sur cinq pour tous les emplois où cela est possible.
  • Un plan spécial sera dédié aux travailleurs indépendants, commerçants, ainsi qu’aux TPE et PME. Le chômage partiel et le fonds de solidarité seront étendus, via le vote d’un nouveau projet de loi de finances rectificative, prévoyant une enveloppe de 20 milliards d’euros supplémentaires, présenté la semaine prochaine en Conseil des ministres.
  • Le dispositif sera réévalué tous les 15 jours pour décider de mesures complémentaires ou a contrario alléger certaines contraintes, en particulier sur les commerces.
  • Les réunions privées en dehors du strict noyau familial seront exclues, et les rassemblements publics interdits.
  • Les parcs, jardins publics, et marchés resteront ouverts.
  • Il sera impossible de se déplacer d’une région à l’autre sauf dérogations.
  • Les frontières intérieures à l’Europe restent ouvertes, et les frontières extérieures fermées.
  • Les EHPAD pourront être visités.
  • Les cimetières resteront ouverts à la Toussaint.

Emmanuel Macron a affirmé qu’après le pic, tests et traçage « doivent nous permettre de tenir jusqu’au vaccin, à l’été ». Il a annoncé un doublement du nombre de lit initial en réanimation (10 000 lits).

Chiffres clés

Au 28 octobre 2020, la France comptabilise 36 437 nouveaux cas de coronavirus lors des 24 dernières heures (soit + 37% par rapport à la semaine dernière). 244 morts liés au coronavirus ont été annoncés le  28 octobre.

Le nombre de morts liés à cette épidémie en France s’élève désormais à 35 785 (contre 10 371 en Allemagne). La France est le 18e pays le plus touché par l’épidémie avec une mortalité de 55 décès pour 100 000 habitants (l’Allemagne est le 72e pays le plus touché avec 12 décès pour 100 000 habitants).

Par ailleurs, la France est le 44e pays en nombre de tests réalisés depuis le début de l’épidémie : elle est encore derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Nous n’avons franchi les 500 000 tests par semaine que fin juillet alors que l’Allemagne les avait franchis fin mars.

Le nombre de patients en réanimation s’élève à 3 036, soit plus de la moitié des 5 800 lits de réanimation disponibles dans toute la France.

Cette crise sanitaire inédite doit appeler de l’humilité et de la modestie, dans les rangs de l’opposition comme du gouvernement. Cependant les restrictions de libertés sans précédent décidées par le gouvernement doivent pouvoir être soumises au débat public et à la critique.

Comparé à la première vague de l’épidémie où le gouvernement pouvait se targuer de faire face à l’imprévu, son défaut d’anticipation est désormais indéniable. Le gouvernement avait six mois pour tirer les enseignements de la première vague et nous préparer à l’éventualité d’une deuxième vague. Même le rapport commandé par Emmanuel Macron pour évaluer sa gestion de la crise pointe des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion ».

C’est faute d’avoir su anticiper que la France est aujourd’hui contrainte de reconfiner sa population.

NOS PROPOSITIONS

Pour ne pas avoir à nouveau un train de retard dans la réponse à cette pandémie, il y a des conditions :

1. Renforcer en urgence nos capacités hospitalières.

Emmanuel Macron a osé affirmer mercredi 28 octobre que « nous sommes en train d’augmenter notre capacité en réanimation mais ce n’est pas la bonne réponse à l’épidémie ». Pourtant, comme l’a rappelé Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), « on paralyse le pays parce qu’il manque de la place dans les hôpitaux » (AFP, mercredi 14 octobre). Il y a aussi eu un défaut d’anticipation concernant nos capacités hospitalières en réanimation. Olivier Véran promettait 14 500 lits de réanimation pour le mois d’avril (promesse jamais tenue) ; les hôpitaux en comptent aujourd’hui moins de 6 000.

– Ouvrir en urgence des hôpitaux éphémères, comme cela a été fait au Royaume-Uni, qui a mis en place un hôpital de campagne de 4000 lits en neuf jours (le Premier ministre britannique vient d’ailleurs de réactiver trois hôpitaux de campagne) ou en Israël où l’annonce de la construction d’un hôpital de campagne de 200 lits a été annoncée le 21 septembre dernier.

– Mettre en place une formation accélérée de nos professionnels de santé, recruter des infirmiers et médecins réanimateurs à l’étranger, et mobiliser nos médecins retraités : Philippe Juvin a proposé de « former en trois semaines un vaste corps d’auxiliaires de santé pour nous aider à des tâches non spécialisées : laver, brancarder, nourrir les patients, leur tenir compagnie… Et d’upgrader en quelques semaines de formation, pour quelques tâches limitées, des aides-soignantes en infirmières (IDE), et des IDE en internes. Ces gens formés aideront les titulaires, IDE ou médecins, des postes. Ce sont des renforts rapidement disponibles. Puis identifions tous les médecins qui ont eu un jour une expérience d’urgentiste ou de réanimateur, mettons-les à niveau sur quelques points essentiels en trois semaines, et mettons-les à disposition des réanimateurs et urgentistes. Ils seront sous leur responsabilité. Puis demandons à nos voisins de l’UE, des médecins et des IDE.  Et s’ils n’en n’ont plus, demandons à la Chine ou à un autre grand pays. La barrière de la langue ? Confions les hôpitaux éphémères à ces contingents étrangers homogènes, qui travailleront en intra national. La situation est périlleuse. Pour ouvrir de vrais lits en plus, il faut du personnel. Le gouvernement nous dit qu’il n’existe pas : faisons preuve d’agilité » (Twitter, 24 octobre 2020). L’Italie a par exemple su se préparer à la deuxième vague grâce à un recrutement massif de médecins et infirmiers supplémentaires : le gouvernement italien a réussi à mobiliser en mars dernier 20 000 renforts dans les hôpitaux (5 000 médecins spécialisés, 10 000 infirmiers et 5 000 aides-soignants), et un décret prévoit la possibilité de recruter des médecins à la retraite. Le dispositif a été pérennisé fin juillet.

– Geler les fermetures de lits hospitaliers et permettre aux directeurs d’hôpitaux d’en ouvrir de nouveaux pour une période de 24 mois, sans autorisation préalable des autorités régionales de santé.

– Mobiliser les cliniques privées.

2. Préparer le déconfinement en assurant la rapidité des tests, du traçage et de l’isolement des personnes infectées.

Les tests massifs sont arrivés trop tard (quatre mois après l’Allemagne) et les capacités de dépistage ont rapidement été saturées. Le traçage et l’isolement des cas contacts n’ont pas été assurés puisque de nombreux « cas contacts » n’ont été ni identifiés ni isolés. L’augmentation du nombre de tests ne s’est accompagnée d’aucune stratégie cohérente de dépistage, ce qui a provoqué des délais considérables dans certaines villes. Dans son bulletin épidémiologique du 24 septembre, Santé publique France relevait « la saturation des capacités diagnostiques et l’augmentation des délais de rendus de résultats pouvant aller au-delà de 7 jours », autant dire qu’avec avec de tels délais pour obtenir les résultats, ces tests ne servaient plus à grand-chose. Dans son rapport d’étape du 13 octobre 2020, la mission sur la gestion gouvernementale de la crise sanitaire constituée à la demande d’Emmanuel Macron autour du Professeur suisse Didier Pittet, avait pointé des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion », notamment un retard dans le déploiement à grande échelle des tests.

– Déployer massivement les tests antigéniques.

– Isoler réellement les cas positifs.

– Mettre en quarantaine des étrangers arrivant sur le sol national, comme c’est le cas au Royaume-Uni.

– Dépister régulièrement les enseignants et prendre régulièrement la température des élèves à l’entrée des établissements.

– Instaurer une vaccination obligatoire pour les personnes âgées et le personnel de santé.

– Vote d’ici la fin de l’année d’une loi de programmation de la santé pour cinq ans.

3. Aider les entreprises à faire face à ce nouveau confinement

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, ce reconfinement va coûter au pays entre 50 et 75 milliards d’euros de PIB.

– Annuler les charges sociales et fiscales des TPE et PME les plus affectées par la crise sanitaire et le confinement : nous avons demandé dès le 2 juin l’annulation des charges sociales et fiscales des TPE-PME les plus frappées par la crise. Le gouvernement n’a prévu qu’un report de ces charges ou une « remise » partielle : lorsqu’elles commenceront à les rembourser, ce sera la double peine et beaucoup d’entre elles n’en survivront pas. Le principe doit être simple : 0 recettes, donc 0 charges.

– Soutenir le secteur de l’hôtellerie-restauration en réduisant la TVA. L’ensemble de la restauration qui représente près d’un million d’emplois devra à nouveau passer au taux réduit de TVA, en passant de 10% à 5,5%. Dans le contexte de fragilisation sans précédent de nos hôtels, bars et restaurants, il est plus que jamais nécessaire de revenir au taux réduit antérieur.

– Assouplir l’accès au deuxième niveau du fonds de solidarité qui permet une aide allant jusqu’à 10 000 euros en simplifiant la procédure administrative pour y accéder afin d’apporter un soutien d’urgence aux indépendants.

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