La liberté de culte est une liberté fondamentale

Bernard Brochand, cosignataire avec 67 de ses collègues de la tribune de Marc le Fur parue le 2 mai dans le Figaro, demande au Gouvernement de réexaminer sa position tendant à interdire l’ouverture des lieux de culte avant le début du mois de juin alors même que les mesures de précaution pourraient être mises en oeuvre pour permettre à ces célébrations de se dérouler dans les mêmes conditions de sécurité que celles qui prévalent dans le commerce ou au travail.

La liberté de culte est une liberté fondamentale

« Pour des raisons sanitaires, nous sommes rentrés dans une période de restriction considérable des libertés, libertés de se déplacer, de travailler, de faire vivre les associations, de rencontrer nos parents, nos amis, liberté de culte pour toutes les religions, chrétiennes ou non. Cette restriction de liberté est jusqu’ici consentie par une très grande majorité de nos concitoyens, conscients de la nécessité de maîtriser l’épidémie, mais également conscients que cette perte des libertés fondamentales est temporaire.

Le Président de la République nous a annoncé le déconfinement à partir du 11 mai, c’est à dire la reconquête progressive des libertés dont la perte avait été provisoirement consentie. L’exercice n’est pas simple. Il est fait de règles venues d’en haut et de confiance dans le sens des responsabilités de nos compatriotes.

Le Gouvernement a fait le choix d’un déconfinement progressif. Il édicte un ordre des priorités qui devient très vite un ordre d’importance.

C’est là que les citoyens français, pratiquants une religion dans un lieu de culte, ne comprennent plus cet ordre d’importance.
Ils constatent d’abord l’ignorance de nos dirigeants quant aux pratiques religieuses, et la paresse de certains d’entre eux quand il s’agit de faire l’effort de mieux connaître et comprendre les religions. Lorsque le Premier ministre dit, à la Tribune de l’Assemblée, que les lieux de culte resteront ouverts, mais que les “cérémonies” ne pourront pas y être célébrées, il fait fausse route. Les cérémonies ne sont pas interdites, mais seuls les rassemblements le sont. C’est avec ce type d’approximation que la police nationale est entrée armée dans l’église Saint-André de l’Europe, alors que le curé célébrait une messe sans qu’il y ait rassemblement. Premier point donc, jamais nos dirigeants n’ont été aussi ignorants de la réalité religieuse de nos concitoyens.

Les citoyens français pratiquant une religion constatent ensuite que nos dirigeants considèrent ensuite cette pratique comme accessoire dans leurs vies, alors qu’elle est pour la plupart d’entre eux essentielle au sens étymologique du terme. Ces dirigeants, parfois faute d’exercer cette vie spirituelle, n’imaginent pas que celle-ci puissent être indispensable à nos concitoyens qui pratiquent une religion. Ils imaginent que l’on peut se passer de pratique religieuse comme on peut se passer de cinéma. Leur ignorance les amène à prendre des mesures blessantes pour les Français qui pratiquent une religion, ou qui jugent indispensable de se retrouver dans un lieu de culte à l’occasion d’obsèques. Que devient une civilisation qui n’honore plus ses morts ?

Les citoyens français pratiquant une religion ont fait la preuve d’une très grande sagesse, voire d’une très grande “résilience” depuis le début de la pandémie. Ils se sont pour beaucoup, parmi d’autres, investis avec force dans des actions de solidarité. Ils ne sont pas moins responsables que d’autres lorsqu’il s’agit d’organiser le culte en respectant les règles liées à la pandémie et ne comprennent pas que leurs propositions d’organisation soit
balayées d’un revers de main. La taille des lieux de culte permet de prendre les dispositions pour éloigner les chaises, répartir les fidèles pour satisfaire aux exigences sanitaires. Ils ne sont pas moins que les autres Français, dignes de confiance. L’interdiction des rassemblements dans les lieux de culte avant le 2 juin prochain, c’est à dire, notamment, après les grandes fêtes chrétiennes de l’Ascension et de la Pentecôte, est souvent vécue
comme une humiliation et atteinte inédite à la liberté de culte. Non, les citoyens français qui pratiquent une religion ne sont pas des citoyens de seconde zone, qui vaudraient moins que des consommateurs autorisés à fréquenter leur boutique préférée.

C’est avec gravité que nous interpellons le Gouvernement afin qu’il revienne sur cette décision et examine avec plus de “bienveillance” et d’attention la demande des grandes religions de France qui souhaitent pouvoir exercer le culte en toute liberté. Nous attirons leur attention sur les conséquences graves que pourrait avoir une atteinte sans précédent à l’une des libertés fondamentales des citoyens français : la liberté de culte. »