JULIEN AUBERT, BERNARD BROCHAND ET CINQUANTE DEPUTES LR DEFENDENT UNE AUTRE POLITIQUE ENERGETIQUE

Les 12 travaux d’Hercule de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie

Mi-Novembre, le gouvernement annoncera ses arbitrages pour la future programmation pluriannuelle de l’énergie. Les Républicains espèrent que ce sera l’occasion de rompre avec les errements de l’ère Hollande, qui par leur aveuglement idéologique ont conduit à copier la transition énergétique à l’Allemande. Devant nous, il y a en effet 12 Chantiers d’Hercule. Les cinq premiers chantiers sont liés à la définition des objectifs et de la conduite d’une politique de transition qui, présentée comme une urgence absolue, se fait dans le désordre et au prix d’une fiscalité écologique qui devient étouffante, comme le montre la grogne sur les carburants.

Le premier chantier doit donc d’être de définir très précisément nos objectifs. Pour les Républicains, l’objectif numéro 1 doit être de réduire notre dépendance au carbone fossile, qui nous coûte cher, et de le faire en minimisant le coût de la tonne de CO2 évitée. C’est un impératif de souveraineté, d’indépendance et de compétitivité. Cela suppose d’écarter d’autres objectifs comme celui de la dénucléarisation, voulue par les écologistes notamment : le nucléaire ne produit pas de CO2 et est consubstantiel de la dissuasion nucléaire française. Cela signifie aussi de mener une transition énergétique qui privilégie la substitution d’énergies décarbonées au fossile, en privilégiant celles qui maximisent nos emplois industriels et minimisent notre coût budgétaire.

Le second chantier est donc de remettre à plat nos différentes politiques de soutien, en les auditant de manière globale et sur des éléments chiffrés comparables. Il faut certainement réfléchir en coût complet pour le nucléaire (démantèlement, déchets) mais aussi pour les énergies intermittentes (moindre taux de charge, moindre durée, impact sur le réseau) ou la biomasse et introduire des éléments de paramètre comme la dépendance aux métaux rares, l’existence d’une industrie nationale, la nature des emplois créés. CITE, CEE, éco-prêts… les outils sont devenus nombreux et incompris. Afin de mieux piloter la coordination des objectifs nationaux et des initiatives locales, il est urgent pour cela de créer un commissariat de la planification énergétique, chargé de conclure des contrats d’objectifs et de moyens avec les collectivités territoriales pour éviter le doublonnage des moyens publics et le gaspillage, notamment au niveau du financement des études préalables. Cela veut dire arrêter de parler de programmation – politique, volontariste et souvent irréaliste – et faire une véritable planification – scientifique mais aussi budgétaire, avec une vue d’ensemble des territoires, des enjeux, des objectifs et des énergies.

Le chantier numéro 3 suppose de rester humble devant les incertitudes techniques et la variabilité des prix du marché : nous devons bâtir une transition énergétique flexible, c’est-à-dire capable d’encaisser les à-coups et d’être réorientée au besoin. Ceci tranche avec l’approche soviétique retenue par Hollande, puis Macron, consistant à fixer des objectifs extrêmement ambitieux dans des délais très courts, en négligeant la résistance sociale ou les coûts engendrés. Sous forme de slogan – -30% en 2030, – 40% en 2040 – le politique produit du chiffre rond comme s’il s’agissait d’un problème théorique, et non d’un sujet concret et essentiel pour les besoins des Français. Le gouvernement oublie que nous pesons 1% des émissions, et qu’il ne sert à rien de commettre un hara-kiri économique pour obtenir un impact mondial proche de zéro, car nous sommes déjà un pays peu producteur de CO2. De la même manière, il faut arrêter avec des choix définitifs comme le tout-électrique – ce qui exclut les formidables potentialités du biogaz ou de la filière hydrogène, qui bénéficieront d’un moindre accompagnement en termes d’infrastructures de support et ne pourront pas se développer de manière libre – ou la lente asphyxie de la filière nucléaire, au prétexte qu’elle serait finie.

Il résulte de ces trois constats deux chantiers qui en découlent logiquement : premièrement, il nous faut déployer l’énergie électrique dans les usages (véhicules électriques, chauffage) uniquement si elle est décarbonée, ce qui suppose d’éviter l’écueil allemand qui jumelle ses éoliennes avec des centrales thermiques et de penser la production avec l’utilisation. Ensuite, il nous faut investir massivement dans la recherche sur le stockage électrique et sur la gestion des réseaux, qui demain devront arbitrer entre des modes de production centralisés descendants (de type hydro-électricité) et des modes de production décentralisés remontants (de type photovoltaïque).

Concernant l’électrique, nous refusons d’opposer nucléaire et énergies renouvelables. Plusieurs chantiers méritent d’être ouverts : notre sixième chantier est de préserver le cycle nucléaire de retraitement des déchets en combattant la politique actuelle du gouvernement qui cherche à étouffer le projet de 4ème génération ASTRID. Sans cette quatrième génération, le problème du retraitement des déchets va devenir ingérable, et c’est bien ce qu’espèrent les adversaires du nucléaire : faute de solution pour transmuter les déchets, on devra entreposer du plutonium au fond des galeries du laboratoire souterrain CIGEO de Bure, contrairement à ce qui avait été promis aux populations locales en 1991. Alors que certains pays comme la Chine veulent investir dans la 4ème génération, nous allons sacrifier plusieurs années de recherche en organisant une impasse ? Ce serait criminel.

Notre septième chantier est bel et bien de conserver un potentiel nucléaire, c’est-à-dire nos capacités industrielles, nos emplois, nos savoir-faire. Plutôt que de décréter la mort des centrales les plus anciennes, au risque de provoquer une catastrophe sociale dans les départements concernés, et de tuer Orano, car ces centrales sont « moxées » c’est-à-dire qu’elles nourrissent l’usine de retraitement de La Hague, il convient de donner de la visibilité au secteur avec un plan, site par site prévoyant la fermeture prévisionnelle des tranches, les budgets de démantèlement fléchés, les déchets les moins dangereux pouvant être stockés sur place, et les tranches nouvelles devant être construites. Il ne s’agira pas forcément d’EPR et la France gagnerait à réfléchir à des modules plus petits, en travaillant notamment avec le Japon.

Notre huitième chantier doit être de planifier le déploiement massif du photovoltaïque dans une logique d’aménagement du territoire. Les recettes tirées de ces panneaux peuvent être un complément bien utile pour faire face aux variabilités de l’activité agricole par exemple. Voilà pourquoi, il faut encourager les agriculteurs à se doter de tels panneaux, en créant un fonds spécifique capable de descendre sur de petits investissements car le réseau bancaire et même la BPI sont trop frileux.

A l’inverse, sur l’éolien terrestre et maritime, qui fait face à une véritable fronde du fait de l’atteinte portée aux paysages ou au fond des mers, il nous apparaît préférable de déclarer un moratoire. Ce neuvième chantier supposera de réévaluer le coût réel de cette technologie, disproportionné par rapport à ses avantages. Seul l’éolien flottant, plus loin des côtes, échapperait à ce moratoire.

Coté fossile, notre objectif devant être de réduire notre dépendance, nous devons agir au niveau des transports et du logement, mais en ciblant spécifiquement certains points. Notre dixième chantier est de structurer des filières nationales de biogaz, énergie essentielle de la transition énergétique, en obligeant la conversion de certaines flottes captives (taxis, poids-lourds, ambulances, véhicules de l’administration) pour créer un marché et une demande capable de tirer tous les atouts de cette filière. Coté logement, nous devons engager un plan ciblé sur les centres-villes anciens en demandant à la Poste de former ses agents au diagnostic énergétique, car c’est la seule manière de rentrer chez l’habitant, et en concentrant les aides sur la rénovation énergétique des logements chauffés au fossile, avec une prime à la casse des vieilles chaudières.

Le dernier et douzième chantier est le plus compliqué : il s’agit de remettre l’Homme au cœur de la transition énergétique et sortir de l’obscurantisme écologique qui sous couvert de catastrophisme cherche à imposer un modèle économique basé sur la décroissance ou le malthusianisme. Faire moins d’enfants, dégrader la qualité de vie des français, leur imposer des pylônes hideux ou des taxes absurdes ne les convaincront jamais de la nature des efforts. Aujourd’hui, la transition énergétique parle d’environnement mais oublie l’Homme. Elle est antisociale en taxant les pauvres et les ruraux pour les punir de leur mauvaise consommation. Elle se gausse de la science et du bon sens en refusant de regarder les rentabilités des énergies et en accusant le nucléaire d’avoir la rage pour mieux le noyer. C’est bel et bien une certaine idée de la place de l’Homme que les Républicains entendent porter dans le débat public.