Face à la crise sanitaire, les incohérences du gouvernement suscitent l’incompréhension des Français

Depuis le retour du confinement, le 30 octobre dernier, le manque de clarté du gouvernement sur les règles en vigueur démontre son impréparation totale face à la deuxième vague de coronavirus :

–     Plutôt que d’autoriser l’ouverture des commerces de proximité avec un strict protocole sanitaire, le Premier ministre a annoncé dimanche 1er novembre le blocage de l’accès à des rayons « non-essentiels » des grandes surfaces (comme le maquillage, le textile, les livres…). Cette décision n’a satisfait ni les petits commerçants, ni la grande distribution. Le gouvernement a multiplié les décrets pour préciser les produits désormais autorisés à la vente.

–     Le 3 novembre, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal annonçait sur BFMTV le rétablissement du couvre-feu à Paris, ce que Matignon a aussitôt démenti.

Les députés examinent cette semaine le projet de loi, discuté en nouvelle lecture, autorisant la prorogation de l’état d’urgence sanitaire, jusqu’au 16 février. Ce régime d’exception notamment de confiner la population.

Les députés de la majorité gouvernementale étant minoritaires dans l’hémicycle mardi 3 novembre au soir, les députés des Républicains sont parvenus à faire voter un amendement limitant la prolongation de l’état d’urgence sanitaire au 14 décembre. Rapidement de retour au Palais Bourbon, le ministre de la Santé Olivier Véran a peu après demandé la « réserve des votes » sur les amendements et articles restants (ce qui repousse l’ensemble des scrutins au moment où le gouvernement le choisira) et a déclaré sous le coup de la colère :  « si vous ne voulez pas entendre (la vérité) sortez d’ici ! ».

Les députés des Républicains ont également défendu une disposition votée au Sénat permettant au préfet d’autoriser l’ouverture de commerces de vente au détail qui respectent strictement les mesures sanitaires, pour sauver les commerces de proximité, et un amendement pour interdire la prolongation de la durée de validité des visas de long séjour, titres de séjour, autorisations provisoires de séjour, récépissés de demande de titre de séjour ainsi que des attestations de demande d’asile qui ont expiré entre le 16 mars et le 15 mai 2020.

Chiffres clés

Au 3 novembre 2020, la France comptabilise 36 330 nouveaux cas de coronavirus lors des 24 dernières heures. 430 morts liés au coronavirus ont été annoncés en 24 heures.

Le nombre de morts liés à cette épidémie en France s’élève désormais à 38 289 (contre 10 952 en Allemagne). La France est le 18e pays le plus touché par l’épidémie avec une mortalité de 59 décès pour 100 000 habitants (l’Allemagne est le 74e pays le plus touché avec 13 décès pour 100 000 habitants).

Par ailleurs, la France est le 41e pays en nombre de tests réalisés depuis le début de l’épidémie : elle est encore derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Nous n’avons franchi les 500 000 tests par semaine que fin juillet alors que l’Allemagne les avait franchis fin mars.

Le nombre de patients en réanimation s’élève à 3 869, soit plus de la moitié des 5 800 lits de réanimation disponibles dans toute la France.

Le manque cruel d’anticipation et de concertation avec les élus et les secteurs économiques rendent les annonces gouvernementales incompréhensibles pour les Français. L’union nationale ne se décrète pas, mais se construit. Comment justifier que les grandes surfaces soient ouvertes et non les commerces de proximité ?

NOS PROPOSITIONS

Pour faire face efficacement à cette crise sanitaire, trois conditions doivent être remplies en priorité :

1. Dire la vérité aux Français

Quand il n’y avait pas assez de masques en raison de l’incurie du gouvernement, il soutenait qu’ils étaient « inutiles » (Olivier Véran, le 23 février dernier), voire « contre-productifs » (Sibeth Ndiaye le 20 mars dernier). Quand il n’y avait pas assez de tests, le gouvernement prétendait que les tests massifs n’avaient « pas de sens au niveau médical et scientifique » (Olivier Véran, le 25 avril dernier). Maintenant qu’il manque des lits en réanimation, Emmanuel Macron nous explique qu’en augmenter le nombre « n’est pas la bonne réponse à l’épidémie » (le 28 octobre). Alors qu’Olivier Véran promettait le 28 mars 14 500 lits de réanimation pour le mois d’avril (promesse jamais tenue) ; les hôpitaux en comptent aujourd’hui moins de 6 000.

2. Renforcer en urgence nos capacités hospitalières

– Ouvrir en urgence des hôpitaux éphémères, comme cela a été fait au Royaume-Uni, qui a mis en place un hôpital de campagne de 4000 lits en neuf jours (le Premier ministre britannique vient d’ailleurs de réactiver trois hôpitaux de campagne) ou en Israël où la construction d’un hôpital de campagne de 200 lits a été annoncée le 21 septembre dernier.

– Mettre en place une formation accélérée de nos professionnels de santé, recruter des infirmiers et médecins réanimateurs à l’étranger, et mobiliser les étudiants en médecine et les médecins retraités. L’Italie a par exemple su se préparer à la deuxième vague grâce à un recrutement massif de médecins et infirmiers supplémentaires : le gouvernement italien a réussi à mobiliser en mars dernier 20 000 renforts dans les hôpitaux (5 000 médecins spécialisés, 10 000 infirmiers et 5 000 aides-soignants), et un décret prévoit la possibilité de recruter des médecins à la retraite. Le dispositif a été pérennisé fin juillet.

– Créer un corps d’auxiliaires de santé qui après une formation de trois semaines pourrait soutenir le personnel soignant dans les tâches non-spécialisées (brancarder, nourrir ou tenir compagnie) et former des aides-soignantes et des infirmières pour seconder les médecins et les internes.

3. Préparer le déconfinement en assurant la rapidité des tests, du traçage et de l’isolement des personnes infectées

Les tests massifs sont arrivés trop tard (quatre mois après l’Allemagne) et les capacités de dépistage ont rapidement été saturées. De nombreux « cas contacts » n’ont été ni identifiés ni isolés. Il n’y a eu aucune stratégie cohérente de dépistage, ce qui a provoqué des délais considérables dans certaines villes. Dans son bulletin épidémiologique du 24 septembre, Santé publique France relevait « la saturation des capacités diagnostiques et l’augmentation des délais de rendus de résultats pouvant aller au-delà de 7 jours », autant dire qu’avec avec de tels délais pour obtenir les résultats, ces tests ne servaient plus à grand-chose. Dans son rapport d’étape du 13 octobre 2020, la mission sur la gestion gouvernementale de la crise sanitaire constituée à la demande d’Emmanuel Macron autour du Professeur suisse Didier Pittet, avait pointé des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion », notamment un retard dans le déploiement à grande échelle des tests. Tout doit être fait pour préparer le déconfinement.

– Déployer massivement les tests antigéniques et prioriser l’accès aux tests PCR.

– Isoler réellement les cas positifs et identifier le plus rapidement possible tous leurs cas contacts.

– Renforcer massivement les contrôles aux frontières et mettre en quarantaine les étrangers arrivant sur notre sol, comme c’est le cas au Royaume-Uni.

– Dépister régulièrement le personnel soignant et les enseignants et contrôler la température des élèves à l’entrée des établissements.

– Voter d’ici la fin de l’année une loi de programmation de la santé pour cinq ans.

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