ERIC WOERTH ANALYSE : « UN AN DE MACRON, QUATRE TENDANCES INQUIÉTANTES »

EMMANUEL MACRON est président de la République depuis un an et un mois.

Force est de constater que les promesses de sa campagne ont été largement déçues. Au delà de l’écume des annonces, beaucoup de temps a été perdu aux dépens de la course aux réformes structurelles dans laquelle la France devrait s’engager. Plusieurs grandes tendances inquiétantes transparaissent déjà.

La première est une volonté de recentralisation des pouvoirs nationaux et une métropolisation au profit d’un petit nombre de métropoles. La suppression de la taxe d’habitation, les contrats financiers État-collectivités, la loi sur le logement ou encore la réforme constitutionnelle vont affaiblir le parlement et les échelons locaux de notre démocratie. La réduction du nombre d’élus entraînera une concentration des enjeux électoraux dans les grands centres urbains.

La deuxième tendance, c’est celle de la continuité plutôt que la rupture. La « révolution » promise n’a pas eu lieu. Tout au plus assiste-t-on à un changement de méthode. Le gros des réformes menées par le gouvernement repose sur des idées vieilles. La disruption n’est pas au rendez-vous. La loi Pacte, les ordonnances travail ou encore la réforme de la SNCF se trouvent dans la continuité des politiques lancées par les gouvernements de droite et, dans une moindre mesure, de celles enclenchées par François Hollande. Le plus dur reste à faire : mener les réformes structurelles dont la France a besoin.

« Relation tactile ».

La troisième tendance est celle d’une diplomatie fondée sur sa personne. L’épisode de Washington, en avril dernier, a démontré l’inefficacité de la « relation tactile » avec le Président américain. Le double échec d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel à protéger la France et l’UE des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium a conduit à nous isoler et à fragiliser l’Europe. Même constat sur la relation franco-russe, plus d’un an après la mise en scène de la visite de Vladimir Poutine au château de Versailles. La place de la France dans le monde ne peut reposer sur cette approche trop personnelle de la diplomatie.

Du côté de l’Europe, nous attendions des réponses concrètes face à la crise migratoire. Une nuit de négociations lors du sommet de Bruxelles a permis d’aboutir à un accord, patchwork de solutions basées sur le volontariat des États membres. Qu’il s’agisse des centres de contrôle ou de la répartition des demandeurs d’asile, sa mise en œuvre baigne dans le flou. Emmanuel Macron a défendu des principes, pas des mesures opérationnelles.

La quatrième tendance est une habitude à faire prévaloir le marché sur l’individu, la théorie économique froide sur la vie des gens. Emmanuel Macron a commis une faute initiale dans sa politique économique, celle de l’augmentation de la CSG. Cette mesure, fondamentalement injuste, augmente les transferts des inactifs vers les actifs.

L’énergie du Président et une bonne conjoncture économique ont caché jusque là ces quatre tendances. Mais qu’en sera-t-il quand l’économie mondiale ralentira ? Nous nous retrouverons avec une situation aggravée, sans disposer des leviers pour y répondre. L’efficacité de la politique macronienne tient plus à des déclarations et des symboles qu’à des réformes profondes. Cette politique cessera de porter ses fruits au premier coup de froid. Le niveau excessif de la dépense publique étouffe l’investissement et la consommation, et empêche la France d’être souveraine. Aujourd’hui, Emmanuel Macron entre dans le dur. Le rendez-vous de2017aétératé, le temps des réformes structurelles, non financées par la croissance, doit arriver !

Eric Woerth, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

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