Actualités de Bernard Brochand

Réaction de Bernard Brochand suite à la disparition de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday

Ils s’en sont allés la même semaine, l’un au pays des mots, l’autre au pays des notes. Chacun à sa façon, l’un sur la pointe de pieds, l’autre dans un bruissement médiatique. Ils avaient en commun le bleu de leurs yeux et le talent.

Les disparitions successives de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday nous ont touchés, émus et surpris au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Le destin a créé un curieux télescopage de ces deux événements. Jean d’Ormesson citant en exemple les décès quasi-simultanés en 1963, d’Édith Piaf et de Jean Cocteau, estimait qu’« il est préférable pour un écrivain de ne pas mourir en même temps qu’une vedette de la chanson, sous peine de voir sa disparition éclipsée ». Son vœu n’aura pas été exaucé. Que dire de cet homme malicieux, cultivé, fascinant, courageux, pourvoyeur de bonheur et d’optimisme malgré les vicissitudes de la vie, élégant et courtois, sinon qu’il était connu même de ceux qui n’avaient pas lu ses livres.

Quel contraste avec notre Johnny national ! Sorti de presque rien, enfant de la balle élevé par sa tante, il n’a pas connu le bonheur d’une enfance familiale passée dans le château de Saint Fargeau et les ors de l’Académie Française. A 17 ans il se lance dans la chanson et démarre une fabuleuse carrière qui durera 57 années. Cet artiste exceptionnel, nourri d’inspirations américaines, a traversé toutes les galères, a commis tous les excès mais son talent était à la hauteur de l’hommage national qui vient de lui être rendu par plus d’un million de fans dans le froid parisien.

Finalement le destin a bien fait les choses. C’est ce qui a fait dire à Philippe Labro que la France avait perdu « deux icônes nationales » et à Patrick Bruel dans son discours d’adieu à Johnny Hallyday dans l’église de la Madeleine : « Johnny, tu vas faire le voyage avec Jean d’Ormesson. Tous les deux, vous allez bien vous marrer ».