DISCOURS DE CHRISTIAN JACOB, PRÉSIDENT DU GROUPE LES RÉPUBLICAINS A L’ASSEMBLÉE NATIONALE LORS DU CONGRES DE VERSAILLES

Intervention de Christian JACOB,

Président du Groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale,

en réponse au discours du Président de la République

Réunion du Congrès à Versailles

Lundi 09 juillet 2018

Dans la conception républicaine que nous nous faisons de nos institutions, la séparation des pouvoirs et la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement ne sont pas négociables.

Cela signifie simplement que nous ne sommes pas un pouvoir subordonné à l’exécutif. Cela signifie que nous n’avons de compte à rendre qu’à la Nation et aux Français dont nous tirons notre légitimité.

Voilà pourquoi, nous avons hésité à venir à Versailles pour écouter un Président de la République qui n’a pas vraiment compris que le Parlement n’est pas sa chose, son jouet ou une sorte de marchepied sur lequel il aurait le droit de s’élever pour renforcer son propre pouvoir.

Le Président de la République a choisi de parler beaucoup. Beaucoup de lui, beaucoup à votre place Monsieur le Premier-Ministre, puisque c’est vous qui êtes normalement responsable devant le Parlement.

Il a également choisi de parler très peu de la Constitution alors que c’est lui et lui seul qui a décidé de mobiliser le Parlement pendant de très longues semaines sur ce sujet.

La pratique qu’il instaure de l’article 18 de notre Constitution est contestable car cette prise de parole n’a jamais été conçue comme un discours de politique générale.

Il est temps, mes chers Collègues, de lever la tête. Et lever la tête, c’est commencer par dire que la révision constitutionnelle que nous propose le Chef de l’Etat, est dangereuse.

Allons-nous donner un chèque en blanc à Monsieur MACRON pour réduire le pouvoir du Parlement ?

Depuis 1974, tous les Présidents de la République, et particulièrement Nicolas SARKOZY grâce à la révision de 2008, ont compris et accepté que la France a besoin d’un équilibre des pouvoirs entre son Parlement et son Gouvernement.

Alors que c’est une évidence qu’un grand pays démocratique mérite un Parlement respecté, cette majorité s’apprête à affaiblir l’Assemblée nationale et le Sénat de la République.

Les affaiblir en corsetant la procédure parlementaire et en s’attaquant au bicamérisme.

Les affaiblir en réduisant le temps démocratique de la discussion budgétaire.

Les affaiblir en augmentant la mainmise du Gouvernement sur l’ordre du jour.

Les affaiblir en consacrant une Chambre de la Société civile, ce CESE du nouveau monde qui deviendrait une déconsidération pour la Représentation nationale. Quelle est la légitimité démocratique de représentants associatifs, syndicaux et patronaux pour faire la leçon aux élus de la Nation qui tirent eux leur légitimité du suffrage universel ?

Depuis plusieurs mois, une intense campagne de déstabilisation vise le pouvoir parlementaire.

Nous serions tour à tour incompétents, inefficaces, trop payés et corrompus. Les propositions du Président de la République attisent et participent de ce mouvement irresponsable.

Accréditer l’idée que les parlementaires seraient trop nombreux et qu’ils sont d’abord préoccupés par la défense de petits intérêts électoraux fait courir de grands dangers pour l’ensemble de notre système démocratique et la solidité de nos institutions.

Celles et ceux qui défendent à la fois de plus grandes circonscriptions et le scrutin proportionnel ne connaissent pas la France et la subtilité de sa construction historique et géographique.

Votre décision de créer des circonscriptions à taille inhumaine, deux fois plus grandes qu’aujourd’hui, va rétrécir le lien de la Nation avec ses élus. De tout temps, en France, les députés et les sénateurs, élus de proximité ont joué un rôle majeur pour assurer une représentation équilibrée du pays et adoucir la tendance jacobine et centralisatrice.

Avec cette réforme, vous faites prendre au pays le chemin d’un pouvoir technocratique, éloigné du terrain et coupé des réalités.

C’est le penchant naturel de l’Etat-Macron.

L’actuel Président de la République n’est pourtant qu’un maillon de la longue histoire de France. Même s’il en doute, il est bon de lui rappeler que des Français de qualité, compétents et patriotes ont gouverné notre pays avant lui. Des Français de qualité, compétents et patriotes le gouverneront après lui.

Voilà pourquoi nous lui demandons solennellement de ne pas prendre le risque d’évolutions institutionnelles hasardeuses.

Voilà pourquoi, nous lui demandons de renoncer à la réforme du mode de scrutin des élections législatives. Les Pères fondateurs de la Vème République ont beaucoup hésité à constitutionnaliser le mode de scrutin uninominal majoritaire. Il s’en est fallu de peu.

Le moment est sans doute venu de constitutionnaliser le scrutin majoritaire car ce mode de scrutin garantit la stabilité gouvernementale. Il est en vérité la seconde clé de voute des institutions de la Vème République.

En élisant des députés à la proportionnelle, vous mettez le ver dans le fruit institutionnel. Vous prendriez une décision insensée au moment même où le scrutin proportionnel produit des situations politiques d’une grande confusion en Italie et en Allemagne.

En conscience, et parce que la Constitution nous transcende, nous devons partager une idée simple : les réformes proposées par-dessus les Français sans les consulter, feront glisser le régime sur une mauvaise pente.

C’est la même entreprise de déconstruction qui est à l’œuvre dans votre politique à l’égard des collectivités locales.

Une politique contraire à une tendance historique puissante depuis 1982.

Une politique qui asphyxie les libertés locales.

Une politique finalement aveugle qui pense que des cerveaux soi-disant bien faits, bien formés et habitant à Paris ou dans des grandes métropoles peuvent imposer leur vision du monde à tout un pays.

S’il ne fallait prendre qu’un exemple pour caractériser cet aveuglement, ce serait votre décision d’imposer aux Français, arbitrairement, de rouler à 80kms/heure sur les routes départementales. Ce qui choque, c’est votre refus d’écoute, et souvent votre mépris à l’égard des acteurs de terrain.

Ce que vous voulez considérer comme du courage n’est en réalité qu’une arrogance.

Oui, chers Collègues, le macronisme est d’abord une jactance.

Nous avons été nombreux à juger sévèrement le Président Hollande sur l’exercice de sa fonction.

Passé le moment où nous aurions pu croire que Monsieur MACRON incarnerait la fonction en donnant une bonne image de la France sur la scène internationale, le temps est venu de dire que le Président de la République inquiète de plus en plus de nos concitoyens.

A quel autre Président aurait-on pardonné des propos honteux, mis en scène, sur le pognon de dingue que coûte notre système de protection sociale ?

A quel autre Président aurait-on pardonné de considérer que certains de nos concitoyens ne sont rien ?

A quel autre Président aurait-on pardonné le limogeage d’un grand chef militaire ?

A quel autre Président pardonnerait-on d’augmenter de 25% la CSG à nos retraités, de surtaxer l’essence, de sacrifier fiscalement les classes moyennes tout en supprimant l’exit tax ?

Pour quel autre Président aurait-on fait preuve d’une telle indulgence face à une politique aussi dangereuse, aussi naïve en matière de politique migratoire, de sécurité et de protection des Français contre le terrorisme.

Une grande partie de nos partenaires européens ont déjà renoncé à toute indulgence à l’égard d’un Président qui finalement est plus soucieux de se mettre lui-même en scène que de défendre la place de la France sur la scène internationale.

Tous les Français qui n’ont jamais cédé de terrain aux sirènes macronistes, tous ceux qui en reviennent, comprennent que le « en même temps » est un leurre qui ne marche pas. Ils comprennent que notre Pays, ce grand pays démocratique a besoin d’une gauche, a besoin d’une droite qui s’assume, d’une droite consciente qu’elle a pu décevoir mais fière des valeurs qui la fonde, pas depuis hier, pas depuis un an, mais depuis des décennies.

Nous sommes cette Opposition, dépositaire notamment de l’héritage gaulliste, qui ne courbera pas l’échine face à un pouvoir technocratique.

Nous sommes cette opposition parlementaire qui supporte de moins en moins le caractère et les attitudes d’un homme qui lui-même, dans un éclair de lucidité, a reconnu le 14 février dernier qu’il est le « fruit d’une effraction ».

         Parce qu’il est le fruit d’une effraction, il repartira sans doute comme il est arrivé.

En 1958, les Français ont choisi leur Constitution. C’était le monde d’avant. En 2018, nous nous apprêtons dans un entre soi très peu démocratique, à modifier l’équilibre de nos institutions.

Sincèrement, je préfère le monde d’avant. Celui où nos Chef d’Etat ont le courage de consulter les Français. La Constitution est leur Constitution. Elle n’appartient à aucun d’entre nous et pas plus à Monsieur Macron. Son devoir est de soumettre une si profonde évolution porteuse de dangers, au peuple.