Déclaration de Damien Abad du 12 décembre 2019 concernant la Réforme des retraites

Notre pays s’enfonce dans une crise politique et sociale majeure. Le Gouvernement a réussi à créer un climat anxiogène et de défiance généralisée avant même que le Premier ministre présente les contours de sa réforme des retraites.

Il y a donc d’abord un problème de méthode. Nous ne pouvons plus faire confiance à un Gouvernement qui fait de l’entourloupe sa marque de fabrique.

Le double langage du Gouvernement conduit à la double peine pour les français : ils n’auront ni la paix sociale immédiate ni le sauvetage des retraites à long terme. Ils auront les blocages et l’angoisse face à un système de retraites en péril. Les blocages, car tant qu’Emmanuel Macron sera Président de la République les fils du dialogue social seront rompus, y compris avec les syndicats réformistes.

L’angoisse de la non réforme, car voter une réforme qui ne s’appliquera qu’à l’horizon 2040, c’est renoncer à la réforme. D’ailleurs si cette réforme était si bonne que cela, pourquoi ne s’applique t’elle qu’à partir de la génération née en 1975 ? Dans tous les autres pays européens, la réforme de retraites s’applique pleinement dans un horizon de 10 à 15 ans.

Le « en même temps » en matière de retraites, ça ne marche pas.

Il y a ensuite un problème de calendrier : cette réforme arrive trop tard dans le quinquennat et à contretemps. Trop tard car le Gouvernement sort affaibli de la crise des Gilets Jaunes et son mépris des corps intermédiaires se retourne contre lui. A contretemps car le discours du Premier Ministre serait intervenu un mois plus tôt, il n’y aurait pas eu une telle confusion et un tel flou anxiogène pour les français. En outre, les répercussions économiques pour les artisans et commerçants seront d’autant plus lourdes que la période de Noël est proche.

Il y a enfin un problème de fond : le Président de la République est enfermé dans sa promesse présidentielle qui consiste à ne pas toucher aux 62 ans comme âge légal de départ à la retraite. Il est également prisonnier de sa politique du « en même temps » qui crée de la complexité, de la confusion et, au final, de la défiance aux yeux de tous.

Car si le Premier ministre crée de la défiance vis-à-vis des syndicats et notamment de la CFDT en instaurant un âge pivot à 64 ans, il crée aussi de la défiance, à droite, mais pas pour les mêmes raisons.

Comment peut-on faire croire aux français qu’instaurer un âge pivot équivaut à repousser l’âge légal ?

Cette mesure, c’est « le bal des hypocrites » d’un Gouvernement qui refuse de dire la vérité aux français. C’est une mesure d’inspiration socialiste puisque le principe du bonus-malus a été mis en place en 2014 dans le cadre de la réforme Touraine.  

C’est une mesure symbolique de ce qu’est le macronisme, à savoir une longue litanie de faux semblants aux apparences trompeuses dont le vrai visage apparaît qu’une fois le masque levé.

Instaurer un âge pivot consiste à préférer la baisse des pensions de retraite, par le biais de la super décote, plutôt que de repousser l’âge légal pour préserver les retraites des français.

C’est la grande différence entre notre projet et celui du Gouvernement : nous faisons du maintien de niveau de pensions pour tous une ligne rouge infranchissable.

Maintenir les pensions, ça veut dire garantir l’équilibre financier de notre système de retraites grâce au report de l’âge légal. Tous les pays européens ont choisi cette voie.

En renonçant à cette mesure d’âge légal, le Gouvernement va créer une situation financière explosive pour l’avenir de nos retraites, qu’il ne pourra compenser que par la baisse des pensions ou la hausse des impôts.

Pire encore, quand j’entends ce matin les déclarations des ministres – M. Darmanin disant que « l’âge pivot n’est pas une mesure d’économie » et M. Bruno Le Maire expliquant que « l’Etat est ouvert à la négociation sur l’âge pivot à 64 ans », il est fort probable que l’âge pivot ne résiste pas longtemps aux vacillements de l’exécutif et que l’on va très vite passer de l’âge pivot à l’âge pipeau.

Où est la fermeté et l’audace réformatrice quand vous êtes Premier ministre et que vous présentez une réforme des retraites sans donner aucun chiffre ?

Où est la fermeté et l’audace réformatrice quand vous entretenez le flou sur l’âge pivot et que vous baissez à 64 ans l’âge du taux plein ?

Où est la fermeté et l’audace réformatrice quand vous annoncez à tour de bras des mesures de compensation et qu’aucune d’entre elle n’est financée ?

Où est la fermeté et l’audace réformatrice quand vous présentez une réforme que vous appliquerez que dans 20 ans, soit dans quatre élections présidentielles ?

Désormais l’audace réformatrice est en train de changer de camp : elle n’est plus du côté du Président de la République, elle doit redevenir du côté des LR.

Faute de courage et d’audace, cette réforme n’est pas une réforme de droite.

Une réforme de droite des retraites, c’est une réforme claire, lisible et responsable qui doit dire la vérité aux français, comme nous l’avons fait en 1993, 2003 et 2010. Dire la vérité, c’est expliquer aux français qu’il faudra travailler plus longtemps, en fonction de l’espérance de vie en bonne santé. C’est pourquoi nous proposons de repousser l’âge de départ à la retraite d’un trimestre par an pendant 12 ans. Au bout de 8 ans, le nouvel âge légal de départ à la retraite serait de 64 ans et, à terme, de 65 ans.

Nous faisons donc le choix du courage, de la transparence et de la clarté. C’est la seule condition pour équilibrer notre système de retraites et éviter de laisser filer le déficit.

Cet âge reste d’ailleurs inférieur à l’âge légal en vigueur dans le reste de l’Europe.

Une réforme de droite des retraites, c’est une réforme audacieuse. L’audace, c’est de mettre rapidement et définitivement fin aux régimes spéciaux, qui coutent 6 Mds d’euros par an au contribuable. Il s’agit d’une mesure d’équité alors que de tels avantages ne se justifient plus aujourd’hui.

Plutôt que de repousser la fin des régimes spéciaux aux calendes grecques comme le propose le Gouvernement, nous proposons une trajectoire de sortie en 12 ans, soit en 2032.

En outre, le Gouvernement présente un régime universel bancal et mal calibré. Nous souhaitons un régime universel de base ainsi que la préservation des caisses de retraites complémentaires, qui sont bien gérées et ne font pas appel à l’argent du contribuable.

Il nous semble plus judicieux de maintenir ce système de caisses autonomes, qui répondent aux singularités de certains métiers, plutôt que de financer des transitions à rallonge fortement coûteuses. Nous ne croyons pas aux rafistolages catégoriels.

Enfin, une réforme de droite des retraites doit être juste.

La justice, c’est de préserver les droits familiaux et conjugaux pour les mères de familles et les veuves notamment.

Le système universel du Gouvernement va créer de nombreux perdants, notamment chez les femmes. C’est pourquoi, à l’instar de Xavier Bertrand, nous demandons la mise en place d’un simulateur, géré par les partenaires sociaux, afin de mieux identifier ces perdants.

La justice, c’est aussi de mieux prendre en compte les nouvelles pénibilités ainsi que les carrières longues.

La justice sociale oblige à permettre à chacun de partir plus tôt, non pas du fait de son statut ou de sa profession mais bien de son état physique objectif.

La justice, c’est permettre à chacun de continuer à travailler au-delà de l’âge légal en renforçant le dispositif « cumul emploi-retraite ».

La justice, c’est de préserver le niveau des retraites pour tous et de revaloriser les petites retraites.

Ainsi nous proposons, comme le Gouvernement, de relever le minimum contributif à 1000 euros pour une carrière complète. Mais nous allons plus loin sur deux points : ce dispositif serait mis en place dès l’entrée en vigueur de la réforme, à savoir le 1er septembre 2020 plutôt que 2022. Et il concernerait l’ensemble des retraités agricoles, y compris ceux qui gagnent moins que le SMIC.

En outre, contrairement au Gouvernement qui pratique la désindexation, nous nous engageons à revaloriser chaque année l’ensemble des retraites au niveau de l’inflation.

Enfin, la justice, c’est aussi d’accompagner le financement de la dépendance en créant un pacte de solidarité financière entre le 3ème et le 4ème âge, grâce aux mesures d’économies générées par la suppression des régimes spéciaux.

Ce pacte intergénérationnel serait un levier pour redonner de la confiance et de la sérénité aux Français à tous les âges de leur vie.

Vous l’avez compris, notre réforme, c’est une réforme juste et audacieuse afin de préserver le niveau des retraites.  

En présentant aujourd’hui notre position de groupe sur les retraites, validée par les 104 députés de notre Groupe, c’est la preuve que la Droite est à nouveau unie et audacieuse. Elle n’est ni asphyxiée ni avalée par le macronisme.

Nous vous présentons aujourd’hui un livret qui servira de base de travail lors du débat législatif sur les retraites, ainsi qu’une plateforme internet preserverlesretraites.com afin de mettre en ligne et par écrit nos propositions. En outre, pour bien marquer nos différences avec le Gouvernement, nous publions sur le site internet un comparatif projet contre-projet intitulé « la réforme contre la non réforme».

C’est un marqueur fort pour l’avenir que de montrer aux Français que la Droite a un projet, des convictions partagées et des idées fortes.

C’est une première, nous devons poursuivre dans cette démarche car seul le chemin de la crédibilité et de l’audace nous permettra d’incarner à nouveau l’alternance aux yeux des Français.

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