Affaire Fillon : les déclarations stupéfiantes d’Eliane Houlette, ancienne procureure nationale financier

Le 10 juin 2020, Eliane Houlette, magistrate à la tête du parquet national financier entre 2014 et 2019 a témoigné devant la représentation nationale du contrôle très étroit par le parquet général sur les investigations concernant François Fillon, alors candidat à l’élection présidentielle, avec des demandes d’information incessantes et des pressions.

Elle a tenté de nuancer ses propos vendredi 19 juin, expliquant que les pressions qu’elles a mentionnées étaient d’ordre « purement procédural ».

Emmanuel Macron a saisi vendredi 19 juin le Conseil supérieur de la magistrature pour avis, afin de « lever tout doute sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans cette affaire ».

Au cours de l’affaire Fillon, Jean-Jacques Urvoas était le garde des Sceaux. Il a été condamné depuis par la Cour de justice de la République, dans une autre affaire, pour avoir transmis illégalement des informations à un député ami (Thierry Solere). Il a écopé en septembre 2019 d’un mois de prison avec sursis et de 5000 euros d’amende pour « violation du secret professionnel ».

S’ils sont avérés, les propos d’Éliane Houlette, ancienne procureure ayant décidé d’ouvrir une enquête contre François Fillon en pleine campagne présidentielle, sont d’une gravité extrême. Elle a beau les minimiser aujourd’hui, elle les a tenus sous serment devant une commission d’enquête parlementaire. Un procureur ne doit pas travailler sous pression. Éliane Houlette dit avoir été convoquée le 15 février 2017 par la procureure générale de Paris, anciennement membre du cabinet de Ségolène Royal, qui lui a demandé d’ouvrir une enquête contre François Fillon. Neuf jours plus tard, le vendredi 24 février, Éliane Houlette décide de l’ouverture d’une enquête. Et cinq jours plus tard (soit seulement trois jours ouvrés), le mercredi 1er mars 2017, François Fillon est convoqué en vue d’une mise en examen (qui sera effective le 14 mars). Derrière cette procédure éclair, il y a vraisemblablement eu des pressions politiques qu’il est nécessaire de révéler au grand jour.

Compte tenu de la gravité des propos tenus sous serment par Eliane Houlette, il était indispensable de saisir le Conseil supérieur de la magistrature. Mais ce n’est qu’une première étape, qui ne doit pas empêcher la commission parlementaire de poursuivre ses travaux. C’est pourquoi la commission parlementaire doit poursuivre son enquête et ses auditions, notamment de Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux.

Les députés Les Républicains seront particulièrement vigilants à ce que toute la lumière soit faite, non seulement sur les pressions de la procureure générale de Paris sur le PNF, mais aussi sur les pressions vraisemblables du gouvernement de l’époque sur la décision d’ouvrir une information judiciaire contre François Fillon en un temps record.